Chronique film – Debris Documentar

Genre : Trash, hardcore, pornographie (interdit aux moins de 18ans)

Durée : 1h16

Réalisateur : Marian Dora

Résumé

Un homme travaille dans un studio de tournage où tout semble normal, mais celui-ci  a une double vie. Quand il rentre chez lui, cet homme se livre à diverses dépravations et pousse sa déviance au maximal. Finalement, cette double vie perverse le pousse à sortir hors de son obscure demeure, vers le monde extérieur.

Mon avis

Attention! Film extrême et choc en perspective! Vous avez tourné de l’oeil en regardant Saw ou vous considérez 50 Shades comme éminemment subversif?  Vous êtes proche du choc anaphylactique quand on fait des blagues pipi caca? Vous êtes priés de passer votre chemin. Car Debris Documentar est une pièce ultime de débauche et de perversion.

Quelques temps auparavant, j’ai eu le plaisir de chroniquer Cannibal, du même Marian Dora. Cannibal, pour la petite anecdote (je viens de l’apprendre) est considée comme la meilleure oeuvre de Dora. Je dois avouer que je partage cet avis.

Bien décidée à en découvrir plus sur ce réalisateur hors norme (et je pèse mes mots), je me suis offert comme cadeau de vacances, une petite séance cinéma avec une autre oeuvre de ce réalisateur. Je n’ai pas encore eu le loisir de voir le troisième film, à savoir Melancholie der Engel, qui, d’après l’excellente chronique d’Alice in Oliver et Sadique-Master, est l’antithèse de Debris Documentar. En effet, les deux films sont liés car Debris est un faux documentaire sur le tournage de Melancholie telle une mise en abyme.  Si Melancholie abordait des questions spirituelles et religieuses, ce n’est absolument pas le cas de Debris. Il n’est que question de la déchéance absolue d’un homme, répugnant au possible, enfermé dans ses fantasmes et ses perversions et dans une solitude abyssale. Contrairement à Cannibal, oeuvre poétique s’il en faut, Debris se complaît dans l’abjection la plus totale. Amis de la poésie, bienvenue dans un monde où un homme se plaît à renifler ses pieds après avoir couru, à bouffer des morceaux de peau morte, à lécher ses excréments ou tout ce qui peut sortir de son fondement! Voici l’homme dans ce qu’il y a de plus répugnant.

Considéré comme un monument de trash, Debris ne vole ni sa réputation ni son interdiction aux moins de 18ans (et aux âmes sensibles tout âge confondu par dessus le marché). Ouvertement pornographique avec des scènes d’onanisme, de scatophilie, de fist anal fucking et d’autres joyeuses paraphilies, ce OFNI (Oeuvre Filmique Non Identifiée pour reprendre le terme des bloggeurs de Cinema Choc) est à la fois fascinant et écoeurant. (Et pour être honnête, les passages émétophiles m’ont un peu écoeurée… Mais bon, ce n’est pas mon truc à la base, de toute façon!). Ce film respire le désespoir, la folie, un peu comme Salo de Pasolini. La solitude est magnifiquement symbolisée par les plaines sans fin et totalement désertiques où notre joyeux luron part faire son jogging quotidien. On y retrouve cette dualité nature/côté obscur de l’être humain qui semble chère à notre Marian Dora. Ce film est incroyablement plus sombre, plus pessimiste que Cannibal, si c’était encore possible. Ici, pas d’amour tordu, si ce n’est que pour ses fantasmes morbides et, franchement, malsains de cet absolu anti-héros, totalement phallocentrique et, devrais-je dire, anus-centrique. Les passages pornographiques ne sont pas là pour vous filer la gaule, bien au contraire. Orgie coprophagique, obsession pour le vomi, c’est le côté sombre et extrême de la sexualité qui est mise en avant.

Le film n’étant disponible qu’en VO (donc en allemand), les quelques dialogues m’ont totalement échappés. Mais l’intérêt ne réside pas là. Car on est dans une oeuvre assez contemplative sur la descente aux enfers de notre bonhomme et de celles qui ont le malheur de croiser son chemin. Certains passages m’ont rappelé Henry Lucas, Portrait of a serial killer, une musique lancinante, une ambiance pesante, un parti pris particulier qui fait monter l’appréhension. Filmé de façon clinique, froide, l’ensemble offre un tableau cru et réaliste, mettant à mal le spectateur. Les musiques sont toujours très soignées, les couleurs sont en harmonie totale avec l’ensemble du film. Quant à l’acteur qui incarne notre gugusse misanthrope, on sent qu’il est totalement convaincant et investi, perdu dans son monde de débauche et d’une sexualité extrême. A se poser la question de savoir qui est le plus taré, Marian Dora ou Carsten Frank (l’acteur en question).

Paradoxalement, je reviens dessus. Mais malgré le côté très glauque, le film possède une véritable esthétique, d’une odieuse beauté répugnante. Tout ce qui est finalement écoeurant est tellement bien filmé que cela en devient presque beau, ou, tout moins, diablement bien rendu.

Pour conclure, Marian Dora est vraiment un réalisateur hors pair. Debris Documentar ravira les fans de films bizarres, extrêmes, totalement aux antipodes des débilités que nous servent les blockbusters, américains ou non.  Les autres n’aimeront probablement pas. Mais Debris reste une grande oeuvre de Marian Dora.

Publicités

5 réflexions sur “Chronique film – Debris Documentar

  1. Probablement le film le plus torturé de MARIAN Dora. Je le considère presque comme la suite logique de Cannibal avec cette continuité et surtout cette réflexion sur la déréliction de l’âme humaine. Et merci de me citer, je ne me mérite pas de tels honneurs !

    • En effet, à chaud, je l’avais pas envisagé comme cela, mais Debris est la suite logique de Cannibal.
      Et, c’est tout naturel de te citer, c’est grâce à vos chroniques que j’ai pu découvrir Marian Dora et d’autres films qui me seraient probablement restés inconnus.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s