Chronique film – La Révolution Française

Genre : Historique
Durée : Première partie « Les années lumière » : 2h45, seconde partie « Les années terribles » : 2h34
Réalisateurs : Robert Enrico, Richard T. Heffron
Résumé :

Les événements relatés dans les deux parties de La Révolution française sont nombreux. Les producteurs ont voulu relever le défi inédit de couvrir l’ensemble de la période révolutionnaire, et donc tous ses principaux événements (ce qui en fait d’ailleurs un film pédagogique, malgré son parti pris clairement dantoniste). L’œuvre passe cependant très vite sur la guerre de Vendée qui n’est mentionnée que quatre fois, notamment par Robespierre et Desmoulins, qui dénonce le massacre d’ « un peuple entier ». Le film se termine sur l’exécution de Robespierre et Saint-Just en 1794 et omet d’évoquer la suite des événements. Toutefois, la Révolution française s’étale jusqu’en 1799, année du coup d’état de Napoléon Bonaparte.

Quelques chiffres

Budget : 300 millions de francs français (45 millions d’euros)
Durée du tournage : 6 mois (2 équipes) début du tournage en février 1988
Nombre de techniciens : 380
Nombre de comédiens : 200
Nombre de figurants : 36 000
Nombre de costumes : 15 000 et 3000 perruques

Mon avis

Année 1989. Deux cents ans se sont écoulés depuis la prise de la Bastille et la Révolution française qui a accouché de notre monde moderne. Pour cette occasion, quoi de mieux qu’un film reconstituant les évènements. Et on est plutôt dans la démeusure (pour l’époque et surtout, pour la France et une production française, malgré quelques acteurs étrangers, comme Jane Seymour en Marie-Antoinette, Sam Neil pour LaFayette, Andrzej Seweryn pour Robespierre). Pour l’anecdote, de vrais soldats ont interprétés les soldats, gardes nationaux et fédérés de l’époque et ont dû, pour l’occasion, se laisser pousser barbe et cheveux  pour coller au physique de l’époque. Et sans compter tout le matériel et le budget pharaonique pour célébrer dignement cette période importante de notre Histoire.

Ce film est-il a la hauteur des évènements relatés malgré l’échec commercial retentissant? A la fois oui et non. Oui, car la réalisation, le jeu des acteurs, les décors sont, à mon avis, très fidèles à ce qu’il y avait à l’époque. Et non, car certains évènements sont presque occultés (les massacres en Vendée sont presque oubliés alors qu’ils sont, encore aujourd’hui, une plaie ouverte et jamais vraiment cicatrisée de la République.) et le parti clairement pro-républicain et anti-monarchie (notez bien que ça ne devrait pas être dit, je suis une farouche républicaine Mais n’oublions pas que tout n’était pas noir ou blanc durant cette période, bien au contraire). Pour exemple, Marie-Antoinette, je crois (je ne retrouve plus ma source mais s’il y a des spécialistes, n’hésitez pas à me corriger), qu’à l’époque encore, figurait parmi les plus grands criminels de France! Ce n’est que récemment que son rôle et sa responsabilité ont été revues et corrigées. Donc, entre cette Marie-Antoinette, rusée et intrigante, et celle de Sofia Copola, sucrée et rose bonbon, il y a un gouffre. Autre exemple, Robespierre qui porte à lui seul (un tout petit peu partagé par Saint Just au rôle plutôt anecdotique et Couthon presque relégué au rang de figurant) la responsabilité de la Terreur et des milliers de morts de cette tragique époque.  Bref, les légendes, idéalisées ou noires, des uns et des autres sont encore très vivaces et sont transposées dans ce film. Il faut donc prendre ce film comme il est, avec une analyse un peu plus profonde sur les évènements relatés.

Certains personnages, pourtant clés, n’apparaissent pas, comme Fouché ou Talleyrand! Mais bon, malgré 5h de bobine, c’est pas encore assez pour tout raconter de cette période.

Ce film est d’abord un duel Danton/Robespierre. Beaucoup ont l’image de Danton de celle incarnée par Gérard Depardieu, certes magistrale, mais un peu surjouée. Le Danton de cette Révolution, incarné par Klaus Maria Brandauer reste étonnante et, personnellement, plus réaliste, probablement plus proche du vrai personnage malgré une certaine idéalisation. Bien évidemment, le tribun formidable qu’il fut est mis en avant, que ce soit aux Cordeliers mais aussi à l’Assemblée nationale mais on n’oublie pas qu’il fut aussi un animal politique, un renard rusé et intelligent, un peu (même beaucoup) vénal et qu’il a probablement acheté la victoire de Valmy aux Prussiens contre les diamants de la Couronne (m’enfin, ce n’est que mon avis, mais cette bataille n’aurait été, pour nos troupes françaises, pas seulement une défaite mais aussi un carnage. Tout d’abord, l’armée prussienne était composée de « professionnels » de la guerre alors que l’armée républicaine était composée plutôt de paysans, de petits ouvriers ou d’hommes qui n’avaient pas l’habitude de guerroyer, leur solde était probablement plus dérisoire que celle de leurs adversaire. Beaucoup avaient rejoints l’armée que par patriotisme et n’avaient qu’une vague idée de la guerre et de ses horreurs.  Ensuite, les troupes prussiennes étaient trois fois plus nombreuses avec une meilleure artillerie. Personnellement, la vie des humains ayant plus de valeur que quelques cailloux qui brillent, ce trucage a sauvé des vies et a sauvé les idéaux de la Révolution. Donc, je ne lui en tiens pas rigueur).

Robespierre lui n’apparaît et ne prend de l’importance qu’au fur et à mesure du film et devient un personnage de premier plan durant la seconde partie. J’ignore si c’est volontaire mais il « perd la boule » durant les dernières minutes, un peu trop rapidement, et ce, juste sous les huées de l’Assemblée. Cela me paraît un peu surréaliste. Contrairement à Danton, il reste assez souvent en retrait des débats, ce qui semble assez proche de la vérité historique. Il n’a en effet, joué de réel rôle politique que lors de son élection au Comité de salut public, en 1793. En tant que député, il n’a jamais réellement pu imposer ses idées, sauf celle de la non rééligibilité des députés.

Le rôle de Camille Desmoulins par François Cluzet est aussi très bien interprété. On l’associe au 14 juillet et à la prise de la Bastille mais ce fut aussi un grand journaliste. Sa relation avec Lucille n’est pas occultée puisqu’on considère leur relation comme l’un des grands amours sous la Révolution.

Dans l’ensemble, la première partie de l’oeuvre ne connaît pas de temps mort et s’achève sur la destitution du roi et la prise du palais des Tuileries le 10 août 1792, dans un moment que j’ai trouvé presque émouvant. Jean-François Balmer qui incarne Louis XVI montre vraiment le personnage dépassé par son rôle de roi, par la responsabilité d’un homme d’état. Lorsque la famille royale se réfugie à l’Assemblée, on sent bien l’étau qui se resserre ainsi que la menace et la haine sur le roi et ce qui reste de la cour. Les figurants qui ont joué le rôle des émeutiers se doit d’être souligné tellement la haine se lisait sur leurs visages. Quant à Marie-Antoinette, comme je l’ai dit plus haut, est vraiment présentée comme « la putain autrichienne » pour reprendre les mots de l’époque, une espionne et une intrigante. C’est un peu dommage parce que son rôle réel et surtout le poids de ses dépenses pharaoniques en jeux et plaisir n’étaient qu’une goutte d’eau dans les dépenses pour entretenir l’administration de l’époque. Il est à noter que Madame Royale et le Dauphin sont joués par les propres enfants de Jane Seymour. Durant la séquence où le peuple de Paris se rend à Versailles pour ramener à la famille dans la capitale devait être très impressionnant à jouer pour de jeunes enfants. Ils sont incroyablement calmes.

Le seconde partie est plus inégale. On pénètre plus en avant des intrigues politiques, la mise en place du Tribunal révolutionnaire (initié par Danton lui-même) et l’instigation de la Terreur. L’exécution du roi, puis de la reine sont particulièrement impressionnants par le contexte et la mise en scène de ces moments cruciaux où la République abat les symboles vivants de la monarchie. J’ai, personnellement, trouvé les procès filmés de façon un peu rapide (ceci dit, le procès d’un monarque, qui, à l’heure d’aujourd’hui a été largement surpassé en terme de tyrannie, dure deux semaines alors qu’au jour d’aujourd’hui, ceux de vrais criminels, violeurs, assassins, peuvent prendre des années, ça fait réfléchir) sans compter certaines accusations (notamment le crime d’inceste présumée de la Reine. Là aussi, ce n’est que mon avis, Marie-Antoinette avait de nombreux défauts, notamment d’avoir été dépensière mais certainement pas celui de mère monstrueuse). Par contre, celui de Danton est vraiment bien retranscrit, son discours témoigne qu’il n’a rien perdu de ses qualités d’orateur. Son exécution et celle de Desmoulins est l’un des moments forts de cette partie du film.

Bref, il y a beaucoup à dire sur cette fresque monumentale qui, malgré ses défauts, reste une grande production et un moyen très intéressant et abordable pour re-découvrir la Révolution française.

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