Chronique film – Caligula

Genre : péplum, érotique (interdit aux moins de 16ans)

Durée : 102 min (version censurée), 210 min (version uncut)

Réalisateur : Tinto Brass  (et, pour les scènes additionnelles de la version de 1984 : Bob Guccione, Giancarlo Lui (non crédité))

Résumé

Ce film retrace la vie de l’empereur Caligula, de sa folie, de ses excès, de ses débauches réelles ou supposées sous un angle érotico-porno.

Mon avis

Film à la réputation sulfureuse, Caligula est l’un des films plus connus du réalisateur Tinto Brass qui a également réalisé le scandaleux Salon Kitty. A noter que Tinto Brass ne voulait pas intégrer les scènes pornos disponibles dans la version longue, tenant à rester dans de l’érotisme soft. Mais le producteur, ne l’entendant pas de cette oreille, ourtrepassa les volontés de Brass et les scènes pornos ont bien été insérées dans le film après qu’on ait remercié Brass. C’est ainsi qu’il existe plusieurs versions du film aux durées variables (et le mot est faible), version intégrale, version inédite (pour le festival de Cannes) et plus longue, version censurée etc.

Sortie en 1979, soit 3 ans après Salò ou les 120 Journées de Sodome, on retrouve le style du cinéma italien de ces années par le style, l’ambiance. La libération sexuelle étant passée par là, c’est aussi l’époque où le cinéma osait bien plus qu’aujourd’hui. A l’ère où on se formalise devant un 50 Shades ou un bout de téton sur une affiche, les années 70/80 semblent avoir été totalement oubliées ainsi que son cinéma où on se permettait absolument tout et n’importe quoi. C’était l’époque des productions bien plus libres, bien plus licencieuses et bien plus subversives. Désormais, le dernier film de Gaspard Noé, Love, n’en finit pas de faire couler l’encre. Et pourtant, entre temps, Caligula est passé par là et est considéré comme un classique.

Fresque historique démesurée, scènes ouvertement pornographiques, orgie lesbienne, quelques scènes bien sanguinolentes,  Caligula est un film aux nombreux superlatifs au délire absolu, à l’image que l’on se fait traditionnellement du personnage historique, à cet empire romain et la dynastie décadente et débauchée des Julio-Claudiens du 1er siècle de notre ère.  Dès les premières minutes du film, on voit qu’on a affaire à du lourd. Film choc, choquant s’il en est, l’acteur qui incarne Caligula, Malcolm McDowell, connu surtout pour son rôle dans Orange Mecanique de Kubrick, est totalement impliqué dans le personnage halluciné de Caligula. Ses grands yeux bleus, ses mimiques donnent une dimension démente de cet empereur qui traîne une bien fâcheuse réputation. Qu’on se souvienne de la danse qu’il doit exécuter pour son prédécesseur, l’empereur Tibère, reclu dans un palais rempli d’étranges créatures, rappelant celles que l’on voit dans la tente de Xerxes dans le film 300. Ses discours grand-guignolesques lors de son intronisation ou lors de la grande orgie où il prostitue femmes et filles des sénateurs, son côté gamin provocateur qui a enfin le droit de faire ce qu’il veut une fois le pouvoir entre ses mains, le sadisme dont il fait preuve, ses délires et ces moments où Caligula sombre dans le désespoir avec la mort de sa soeur Drusilla, le film est fidèle du portrait qu’en a fait Suétone, portrait dans la réalité sans doute à nuancer (Suétone ayant vécu après la dynastie qu’il relate dans Sa vie des Douze Césars, se « contentant » des archives impériales et, probablement, des rumeurs de couloirs). Mais là n’est pas le propos finalement de cette oeuvre, elle ne se veut pas une restranscription absolue et véridique de la vie supposée dissolue de Caligula.  Elle met d’abord sur bobine tout le fantasme qu’on se fait de ce monde disparu, d’une Rome impériale à la liberté sexuelle totale où tous les fantasmes et les vices sont permis. A travers cette optique, on peut y voir une critique, non pas de la décadence réelle ou supposée de cette époque révolue et de cette famille régnante, mais bien une critique d’une société actuelle vue comme décadente, d’une génération post-soixante-huitarde en perte de repères incarnée par Caligula. A l’époque de la production du film, les Trente Glorieuses sont bel et bien terminées, la période du plein-emploi aussi. Tout cela est transposée en filigrane dans le film par la crise financière que traverse la Rome de cette époque. Il reflète une idée d’une élite déconnectée de la réalité et du peuple qui se contenterait du pain et des jeux. D’ailleurs, la seule séquence du film incluant le peuple de Rome nous présentent des citoyens aussi dépravés que ses dirigeants, se vautrant dans le stupre.

Les décors en carton pâte, les costumes, que ce soit ceux de Caligula ou de son entourage ou même ceux des légionnaires presque parodiques contribuent au côté grandiloquent de la Rome impériale mais aussi son aspect des plus fragiles où la vie ne semble n’être qu’une pièce de théatre dans un décor éphémère et illusoire.

Très personnellement, je n’ai pas trouvé les séquences gores vraiment gratinées, on a fait pire depuis. Même l’émasculation ne m’a pas fait sourciller. La violence réside plus dans la psychologie de Caligula et des différents personnages de son entourage, l’arbitraire d’un pouvoir aux mains d’une personne qui a plus la mentalité d’un gamin qui aime casser ses jouets par provocation et que celle d’un véritable homme d’état et au recours presque systématique de l’assassinat au sein d’une même famille pour écarter un prétendant au trône un peu trop gênant. La phrase de Tibère est assez parlante de cette mentalité : « le frère tue le frère qui a tué le père qui a tué  le fils ». Après, les séquences porno vont paraître peut être un peu vieillottes (on est encore loin de l’époque des sexes entièrement épilés, donc on a une floraison de poils publiens, sans jeu de mot) mais qui justifient quand même pleinement son interdiction aux moins de 16ans. En effet, il n’y a pas de simulation, les pénétrations, fellations ou autres actes sexuels sont réels et confèrent réellement l’aura sulfureuse du film. D’ailleurs, petite remarque, c’est la présence continue (et je pèse mes mots) du pénis dans toute la durée du film, que ce soit ceux des acteurs ou ceux servant de « décoration » qu’on trouve presque à tous les coins de table. La société romaine était phallocentrée mais le film pousse cela à l’extrême.

Bref, Caligula reste un grand film, un délire ciné à découvrir, tant pour la prestation des acteurs, en particulier celle Malcolm McDowell que par l’absolue démeusure de la réalisation.

A réserver à un public averti.

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4 réflexions sur “Chronique film – Caligula

  1. Assez particulier tout de même : un film hybride car remanié en raison de divers intérêts. Néanmoins un film intéressant sur le pouvoir

    • C’est clair, je l’ai revu avant-hier et c’est sûr que ce film est très spécial. Il y aurait pas mal à dire, plus que dans ma chro mais je pense qu’il doit être vu avant de pouvoir être jugé

  2. J’ai toujours trouvé la réputation de ce film assez surfaite. Même en ayant vu les différentes versions, je n’ai pas été réellement convaincu. Tu fais bien de préciser dans ta chronique la part de mythe qu’il y’a sur Caligula, qui visiblement n’était pas un tendre, mais était loin d’être le monstre sanguinaire et dépravé qu’on a décrit.
    Personnellement, je trouve que ce film reste le témoin d’une époque mais bon je n’y trouve rien d’exceptionnel. Même l’allégorie sur le pouvoir ou la satire politique ne sont pas poussées.

    • petite réponse en rapide (je suis sur mon portable, en vacances, pas l’idéal). Concernant le règne de Caligula, en effet, il n’existe qu’une seule source, celle de Suétone, contemporain desdits empereurs (y compris Néron) et c’était pas un partisan de la dynastie des Judeo-Claudiens, donc, son témoignage, certes précieux, doit être examiné avec recul.

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