Chronique film – Auschwitz

Titre : Auschwitz

Genre : drame

Réalisateur : Uwe Boll

Durée : 1h10

Résumé

Au lendemain de la chute du nazisme, la nation allemande a dû prendre conscience de l’incroyable machination qui a conduit ses élites à organiser la plus grande tragédie de l’Histoire. En confrontant des lycéens à une mise en scène réaliste du quotidien du camp d’Auschwitz, Uwe Boll sonde la jeunesse de son pays et établit un examen des consciences après trois générations. Terreau fertile des négationnistes, le manque de conscience et d’empathie de cette nouvelle génération dresse l’effroyable constat de l’oubli nourri du tabou, de la rancœur et de l’ignorance…

Mon avis

J’ai beaucoup hésité à écrire cette chronique bien que cela faisait longtemps que l’idée me trottait dans la tête. Si flamer KZ9 (ou, éventuellement, plus tard un Ilsa) ne me pose pas de problème, c’est nettement moins facile avec ce film, réalisé pourtant par un des réalisateurs qui a suscité un véritable déchaînement de polémiques ces dernières années, Uwe Boll. En effet, il est surnommé « Master of Error », ce qui en dit long sur le bonhomme. Connu surtout pour ses adaptations (foirées) de jeux vidéo, notamment BloodRayne ou House of Dead, Boll a raflé un nombre impressionnant de prix du pire réalisateur! En s’attaquant à un sujet aussi sérieux et tragique que soit la Shoah, au vu de ses réalisations précédentes, on ne pouvait que redouter un nouveau Nazisploitation. Et évidemment, l’annonce de la réalisation de ce film fit pousser des cris d’orfraie par ses détracteurs. Même le trailer fit scandale, c’est dire. Mais au final, le film annoncé est-il donc la catastrophe annoncée? Je dois reconnaître que je suis un peu mitigée.

Tout d’abord, les points négatifs : les interviews des lycéens en début et fin du film. Je trouvais cela très orienté et même largement pipauté, comme pour dire et insister lourdement : « regardez ces jeunes! pas de mémoire! plein de préjugés! blablabla » Pour avoir travaillé en milieu scolaire avec des jeunes de l’âge de ceux interviewés, j’ai trouvé ces passages très caricaturaux. Je soupçonne que les personnes questionnées ont été un peu piégées durant les interviews pour orienter leurs réponses, sans compter que toutes les interviews n’ont probablement pas été gardées au montage. Boll voulait absolument démontrer l’ignorance, en particulier des jeunes à travers ces entretiens. Personnellement, je trouve que cette démarche est ratée. Pire, elle desserre totalement le propos.

Ensuite, concernant le film lui-même, tout d’abord, résumer le camp proprement dit à trois baraquements qui se courent après rappelle vraiment les prod fauchées des nazisploitations. Cela ne fait pas très sérieux quand on sait la complexité d’un camp comme Auschwitz (qui comptait trois grands camps principaux plus une trentaine de camps satellite). Mais bon, pour le décor, passons. C’est Uwe Boll, pas Georges Lucas, donc un budget des plus limités. Ensuite, le point polémique du film : la reconstitution de la mise à mort dans des chambres à gaz puis la crémation d’êtres humains. Je ne retrouve plus les sources mais j’avais lu que certains critiques avaient reproché à Spielberg son passage dans les douches dans La Liste de Schindler. Le même reproche avait été fait pour la très grande série Holocauste. La raison? Pour résumer : ces moments sont trop indescriptibles pour être retransmises et retranscrites visuellement. Ce qui en soi est parfaitement compréhensible. Les rares témoignages des sonderkommando (l’équipe préposée à l’horrible tâche de sortir les corps des chambres avant de les mettre dans les fours) ne nous donnent qu’un vague aperçu de l’horreur que ces hommes vivaient au quotidien. Uwe Boll se défend en expliquant que les images chocs sont nécessaires pour réveiller les consciences. (si j’ai bien compris ce qu’il explique durant le film et se justifie de tout montrer). Je ne veux pas débattre de cela, chacun est juge en la matière car, pour moi, les deux arguments peuvent se défendre. Et ce n’est pas trop l’objectif de ma chronique. Néanmois, il faut reconnaître que ces images provoquent un profond malaise.

Souvent soulignée, la présence Uwe Boll dans le film en soldat SS qui attend devant la chambre à gaz, pour remplacer un acteur qui s’est désisté à la dernière minute. Comme Guillaume Gas dans sa critique sur Courte-Locale, j’ai trouvé cela déplacé. Je me suis fait même cette réflexion  : « il cherche quoi? A exorciser quelque chose dans son passé ou à réaliser un fantasme? ». Je serai seulement moins sévère sur le jeu des acteurs, que ce soit du côté des bourreaux ou du côté des victimes.

Un point positif néanmoins réside dans ce film : la sobriété de la reconstitution et une certaine froideur clinique qui relèvent presque du documentaire. Les couleurs sont atones, grises, la musique est pesante. On est loin des délires absolus des nazisploitations « classiques » ou des prods auxquelles Uwe Boll nous avait habitués. Pas de doctoresse nazie blonde lesbienne qui se jete comme une tigresse sur les jolies filles qui passent ou de déclamations caricaturales sur la supériorité de la race aryenne par des acteurs cherchant à arrondir leur fin de mois dans des films douteux. Uwe Boll parvient à souligner le côté de la machine parfaitement huilée de la destruction industrielle d’êtres humains par d’autres êtres humains dont « la mort est leur métier ».

Même si je pense qu’en 1h10 de bobine (interviews comprises), il est difficile de traiter d’un tel sujet. Uwe Boll a réussi à éviter quelques écueils mais on ne peut pas dire que ce film est une réussite. A vous de juger.

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3 réflexions sur “Chronique film – Auschwitz

  1. Visiblement, un film qui fait le débat et la polémique. Depuis quelques années, Uwe Boll essaie de réaliser des films plus sérieux. Faudrait vraiment que je le visionne

    • En effet, je pense que c’est le genre de film qu’il faut voir si on veut se forger une opinion, surtout quand on connaît le réal et la réputation qu’il traîne derrière lui. Après, comme je l’ai dit, je n’arrive pas à le considérer comme « réussi » mais ce n’est pas non plus un truc raccoleur façon Ilsa. Si je devais le noter, je mettrai plein de points d’interrogation.

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