Chronique film – Sleeping Beauty

Réalisation : Julia Leigh
Genre : Drame (interdit aux moins de 16ans)
Durée : 102 minutes

Résumé

Lucy (Emily Browning), une jeune étudiante un peu paumée, vit de petits boulots. Un jour, elle se présente à une mystérieuse annonce. Discrétion, classe, et féminité sont de rigueur. Il s’agit de se mettre au service d’un réseau de gens très fortunés désireux d’érotisme haut de gamme. Pour son initiation, Lucy doit servir à table en lingerie fine, chapeautée de filles plus anciennes qui, elles, sont dénudées, parées d’une lingerie fétichiste. Lucy se montre parfaite et peut prétendre à l’étape supérieure. D’autant plus que la rémunération est extrêmement forte, suffisamment pour déménager dans un appartement de luxe qui surplombe la ville. Clara (Rachael Blake), la belle femme directrice du réseau, explique à Lucy que certains hommes rêvent de coucher avec de jolies jeunes filles endormies. Mais le sommeil doit être réel. Pour cela, Lucy devra prendre un somnifère puissant. Après quoi, Lucy se retrouve nue dans le lit d’une chambre luxueuse où un homme âgé arrive bientôt, accompagné de Clara qui lui rappelle les règles : pas de pénétration. Parallèlement à ces nuits de sommeil dont Lucy ne garde aucun souvenir au réveil, nous suivons des éléments de sa vie : une mère violente et alcoolique, un vieil ami condamné par la maladie, des sorties en boîte de nuit où elle n’hésite pas à avoir un langage très direct avec les hommes. Un jour, voulant savoir, Lucy achète une micro caméra qu’elle dissimule dans la chambre des ébats. Mais cette fois, l’homme avait choisi de passer sa dernière nuit avec elle et Lucy se réveille à côté d’un cadavre.

Mon avis

Après la fin des travaux et la reprise de mon blog, je vous propose la chronique d’un film au parfum de scandale et de polémiques. En effet, pour la petite histoire, Sleeping Beauty a écopé d’un « Interdit aux moins de 16ans » en raison d’une « incitation à la prostitution ». Furieuse, la réalisatrice a fait appel de cette décision mais le ministre de la Culture alors en place, Frédéric Mitterand, a maintenu l’interdiction décidée par la commission de classification.

Je préfère avertir : s’il ne s’agit pas d’une oeuvre gore et sanguinolante, attendez-vous quand même à un film dérangeant avec du contenu ouvertement érotique et des thèmes difficiles. Si, très personnellement, la raison même de l’interdiction aux moins de 16ans ( à savoir l’incitation à la prostitution) me paraît erronée et basée sur une vision faussée (je n’ai pas eu la moindre envie de gagner ma vie en vendant mon corps après avoir vu ce film), l’interdiction, elle, me paraît amplement justifiée. La nudité et certaines scènes crues ne sont pas occultées.

Tout le monde connaît le conte de la Belle au bois dormant, repris tel quel ou comme symbolique dans de multiples oeuvres comme « Les Infortunes de la Belle au bois dormant » d’Anne Rice, qui contient, comme tout conte, une forte évocation sexuelle. Sleeping Beauty ne fait pas exception puisque les deux thèmes du films, particulièrement tabous, à savoir la prostitution estudiantine et la sexualité des seniors, qui sont largement abordés ouvertement, crûment et, disons-le, avec une certaine complaisance. Le personnage de Lucy, étudiante fauchée, vivant dans la précarité mais très jolie, découvre qu’elle peut gagner beaucoup d’argent en satisfaisant le voyeurisme de vieillards riches et lubriques lors de banquets particuliers. Entraînée dans une spirale par l’attrait de l’argent facile et par Clara qui n’est ni plus ni moins qu’une maquerelle sans scrupule, Lucy va franchir une étape en se soumettant à un fantasme très particuliers de ces vieux messieurs : pouvoir tripoter une jeune et jolie fille endormie (je ne retrouve plus le nom de cette paraphilie très spécifique). Autant le dire, les scènes sexuelles (malgré l’absence de pénétration) entre une Lucy nue, totalement inconsciente et sans défense, et ces hommes pervers qui pourraient être son grand-père provoquent forcément un certain malaise. L’élégance de ces vieux briscards ajoute au malsain de la situation ; avec leur argent, ils peuvent tout se permettre, y compris exploiter des jeunes filles dans le besoin pour assouvir leurs désirs et leurs fantasmes. Clara devient quant à elle, une sorte de version moderne de la mauvaise fée. En poussant l’analyse plus loin en comparant avec le conte de fée qui sert de fil rouge, dans la version d’origine, la Belle est censée dormir cent ans. A son réveil, elle est donc, en réalité, centenaire et le prince est un beau jeune homme (tout du moins dans le version de Perrault), tout le contraire de Sleeping Beauty. Le film propose cette autre idée sous-jacente : et si le Prince censé réveillé la Belle avait profité du sommeil de la Princesse pour l’abuser? Et si le Prince élu lors de la malédiction de la mauvaise fée doit attendre cent ans pour s’unir à sa promise, il serait forcément un vieillard alors que sa Belle resterait une jeune fille lorsque la malédiction serait brisée?

Néanmoins, ce film est assez… disons lénifiant. Pas de musique, une intrigue au final assez linéaire, des personnages trop peu expressifs, c’est regrettable, d’autant que la thématique et le synopsis étaient intéressants. Je vais être honnête, le conte d’origine est mon préféré, il ouvre pas mal de possibilités de réécritures et de relectures, sans compter la superbe oeuvre de Tchaïkovski et même le dessin animé de Disney (je parle pas volontairement du live totalement catastrophique Maléfique, je deviendrai injurieuse). Il était naturel que ce film m’attire. Malheureusement, les défauts cités précédemment minorent le propos et la dénonciation voulue par la réalisatrice, qui aurait pu faire un beau anti-conte.

En conclusion, Sleeping Beauty aurait pu être une petite perle d’anti-romantisme mais sa complaisance et ses longueurs ne parviennent pas à réveiller le spectateur aussi endormi que la Belle du conte.

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7 réflexions sur “Chronique film – Sleeping Beauty

  1. Je suis d’accord avec toi sur l’ensemble de ta critique et même sur la question de l’interdiction. Dire qu’on va se prostituer avec ce film c’est juste crétin (autant interdire Pretty Woman) par contre oui ce film reste choquant, il provoque le malaise. Il y avait un parallèle à l’origine intéressant avec le conte (tu l’as bien analysé), j’ai lu aussi sur un forum d’allocine une théorie intéressante sur une sorte de naissance qui se met en place au fil des scènes, je suis sûre que ce film est très travaillée dans ses théories et son fond. Mais c’est tellement chiant… Et puis je n’ai jamais eu de sympathie pour l’héroïne…

    • Merci pour ton commentaire!
      Ah? je vais me renseigner concernant cette théorie. Même si le film m’a ennuyée (en restant polie), cela continue de m’intriguer.
      Et je suis entièrement d’accord avec toi, l’héroïne n’arrive pas à susciter la moindre empathie.

  2. Pas vu mais la chronique ne donne pas très envie de le découvrir. Visiblement, le film possède un vrai potentiel mais semble être victime de ses longueurs lénifiantes.

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