Chronique film – Darfur

Réalisateur : Uwe Boll
Genre : Drame, guerre (interdit aux moins de 15ans)
Durée : 98 min
Année : 2009

Résumé

Des journalistes américains en reportage au Soudan se retrouvent dans une situation délicate. Rentrer à la maison et faire passer un message ou rester et aider les victimes des Janjaweed…

Mon avis

Je ne croyais pas chroniquer un autre film d’Uwe Boll mais il faut croire que je suis un peu maso, d’autant quand on connait la réputation du bonhomme. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si j’ai choisi de vous parler de Darfur que je viens de finir à l’instant et dont je tiens à livrer mes premières impressions à chaud. Si vous vous souvenez, j’avais chroniqué un autre de ses films qui reprend la même thématique, à savoir, le crime génocidaire. Mais si Auschwitz, en dépit des défauts, faisait dans la sobriété et une froideur clinique, il en va tout autrement avec Darfur. Bon, je vais être honnête, je n’ai pas compris les dialogues, hormis ceux sous-titrés mais il ne faut pas être trop grand clerc pour comprendre l’essentiel de l’intrigue. Des journalistes américains en reportage sur les populations soudanaises se retrouvent soudainement mêlés à l’horreur absolu : la mise à mort de ces populations sans défense. Ils viennent de découvrir un fait terrible, dont ils ignoraient, ou feignaient d’ignorer : un génocide.

Oui, je considère que Darfur est un film choc, choquant, malsain et dérangeant. Les âmes sensibles sont donc priées d’aller faire un petit tour. Pour les autres, bienvenue dans la surenchère du dégueulasse. (Comment ça, je cite le journaliste interviewé dans Escale à Nanarland?)

Uwe Boll, comme vous le savez très certainement, est considéré comme le pire réalisateur du monde, souvent surnommé Master of Error ou même le nouvel Ed Wood. Une telle réputation lui vient surtout de ces adaptations (foirées volontairement (?)) de jeux vidéos comme House of Dead ou Far Cry. Mais Uwe Boll est aussi un réalisateur de films que l’on peut considéré comme underground, en tout cas, plus confidentiels que Bloodrayne. (Petite prière à l’attention du dieu des jeux vidéos : faites qu’il ne prenne pas l’idée de réaliser un film sur la franchise de Diablo!!!) Et c’est le cas de Darfur.

On peut quand même reconnaître une qualité à ce film : s’attaquer à un fait encore (et malheureusement) méconnu de nos sociétés occidentales : les massacres terribles ayant eu lieu dans la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan. durant le conflit du même nom. Néanmoins, si je reconnaissais que dans Auschwitz un certain nombre de qualités comme une mise en scène relativement soignée qui relevait presque du documentaire, Darfur est très loin de son descendant (Auschwitz est postérieur à Darfur, il a été réalisé en 2011). Ok, je veux bien que c’est filmé caméra à l’épaule mais mince quoi! Je sais pas si c’est la version que j’ai vue, mais l’image grossit et dégrossit constamment sans parler des espèces de zigzags de la caméra qui donnent l’impression que le caméraman est sous acides ou au lendemain d’une fête de la bière, les sous-titres qui traduisent les dialogues en arabes ou en africains bougent constamment et j’en passe. Dans le genre montage, c’est un cauchemar à visionner. Même Cannibal Holocauste était mieux cadré!

Ensuite, le contenu… Comment dire si ce n’est que Uwe Boll ne se prive pas de nous en mettre plein la vue, si j’ose dire : viols en série, matraquage de nouveaux-nés, abattages de populations sans défense à l’aide d’armes de guerre, homme brûlé vif sous les rires de ces milices qui font régner la terreur et j’en passe là aussi. Et, pour une raison que je n’explique pas, enfin pas très clairement, ce déchaînement de violence m’a cette fois-là dérangée et, je l’avoue, j’ai détourné les yeux durant certaines séquences. Sans doute parce que c’est ce qui c’est passé ou même pire. La réalité dépasse souvent la fiction. Néanmoins, j’y ai trouvé une certaine complaisance et même une sorte de voyeurisme qui s’incarnent finalement dans ces journalistes qui hésitent entre alerter le monde de ces massacres ou tenter de sauver des vies mais ne peuvent s’empêcher d’imaginer les horreurs qui se déroulent quelques kilomètres plus loin. Beaucoup avaient hurlé quand Uwe Boll avait choisi de montrer la crémation d’un enfant dans Auschwitz. Honnêtement, on aurait envie aussi de hurler quand on nous filme un type armé jusqu’aux dents, empaler un bébé sous les yeux de sa mère avec, visiblement, un certain plaisir sadique. Après, ça restera toujours l’éternel débat : peut-on tout montrer ou, dans le cadre d’un film de fiction, même tout imaginer avant de le mettre sur pellicule, sous prétexte de dénoncer des exactions? Darfur fait se poser cette question, plus d’ailleurs que son lointain petit frère, de par la litanie sans fin d’ignominies que l’homme peut faire sur d’autres hommes. A ce titre, je pense aussi à Buried in Sand, qui, lui, est carrément réalisé avec des images réelles d’exactions. J’ignore si Uwe Boll s’est « inspiré » de ce sommet de l’horreur mais la question m’a effleuré l’esprit.

Le film pose aussi une autre question, autrement plus grave : l’ignorance volontaire d’un génocide par des nations qui prétendre défendre les droits de l’homme et les populations persécutées mais qui en fait restent dominées par et pour des raisons financières et économiques (s’il y a pas de pétrole à exploiter ou d’avions à vendre, ça n’intéresse personne et certainement pas les gouvernements en place).

En conclusion, Darfur est, pour moi, d’abord un étalage d’abominations imaginées sur des faits tristement réels. Mais aussi un film, d’un point de vue purement cinématographique, une vraie hécatombe par sa mise en scène épiletico-hystérique.

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4 réflexions sur “Chronique film – Darfur

  1. Pas vu non plus ce cru de Uwe Boll mais je ne suis pas surpris par ta chronique. Depuis quelques années, le réalisateur essaie de signer des films plus politiques et ambitieux, au risque de sombrer dans la grandiloquence

    • En fait, je crois qu’Uwe Boll a de bonnes idées, en tout cas pour ses films qui ne sont pas tirés de jeux vidéo mais c’est la mise en forme de ses bonnes idées qui pose problème au final. D’ailleurs, ce qui est assez étonnant, c’est que ce film n’est pas spécialement gore avec un festival de tripailles mais il n’en reste moins qu’il m’a dérangé.

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