Chronique film – M le maudit

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Réalisation : Fritz Lang
Genre : Film noir , drame.
Durée : 117 minutes
Sortie : 1931

Résumé

Dans une cité ouvrière, une mère attend impatiemment le retour de sa fille de l’école, mais un inconnu (dont le visage n’est pas montré à l’écran) réussit à l’attirer avec des sucreries. Après avoir découvert le cadavre, la police intensifie ses efforts de recherche, en vain. Les habitants en viennent à se soupçonner les uns les autres. Les dénonciations anonymes font croître la tension et les policiers sont à bout de forces.

Cependant, les rafles et les contrôles incessants dérangent les bandes criminelles dans leurs « affaires ». Aussi la pègre décide-t-elle, sous la direction de Schränker, de chercher elle-même le meurtrier et utilise dans ce but le réseau des mendiants. Alors que la police a identifié le meurtrier, celui-ci est reconnu par un vendeur de ballons aveugle (grâce à la chanson que le tueur siffle : Dans l’antre du roi de la montagne). Un « collègue » marque alors un « M » à la craie sur le manteau du meurtrier, après que le vendeur de ballons aveugle lui a indiqué où il se trouvait ; le meurtrier s’enfuit dans un bâtiment de bureaux que les bandes cernent. En se servant de leur attirail de cambriolage, ils fouillent la maison, attrapent le meurtrier d’enfants et l’emmènent dans une distillerie abandonnée. Là, toute la pègre rassemblée lui fait un procès macabre. Alors, il exprime d’une façon désespérée son aliénation et son dédoublement intérieur :

« Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu’il y a quelqu’un derrière moi. Et c’est moi-même ! […] quelquefois c’est pour moi comme si je courais moi-même derrière moi ! Je veux me fuir moi-même mais je n’y arrive pas ! Je ne peux pas m’échapper ! […] quand je fais ça, je ne sais plus rien… Ensuite je me retrouve devant une affiche et je lis ce que j’ai fait, et je lis. J’ai fait cela ? »

Le commissaire Lohmann arrive sur les lieux à la dernière minute et empêche le « tribunal » de lyncher le meurtrier. La sentence finalement prononcée par le tribunal légal n’est pas dite, Schränker ayant déjà évoqué le scénario le plus probable.

Le film se termine sur un plan filmant la mère de l’enfant assassinée, qui dit que tout ceci ne lui ramènera pas sa fille, et qu’il faut faire plus attention à ses enfants.

Mon avis

Considéré comme un chef d’oeuvre du cinéma, M le Maudit est l’oeuvre sans doute la plus connue du réalisateur Fritz Lang. Réalisé dans le contexte de la montée du nazisme dans l’Allemagne des années 30, les critiques sont, encore à l’heure actuelle, dithyrambiques. Moi-même, je le considère comme un des meilleurs films que j’ai pu voir à ce jour, figurant en bonne place dans mon top 10 et que je recommande chaudement.

S’inspirant de tueurs en série ayant réellement existé, en l’occurence Peter Kürten, le « Vampire de Düsseldorf », mais aussi les meurtriers Fritz Haarmann, Karl Grossman, Karl Denke (merci le copier coller), M le maudit  raconte une vague de meurtres d’enfants dans une ville allemande. La mafia locale, inquiète de voir que ses affaires tournent mal avec une police sur les dents, décide de prendre les choses en main en traquant le mystérieux tueur et s’arroger le droit de le punir.

Loin des productions luxueuses que diffusaient Holywood, le film est le symbole de l’expressionnisme allemand. Ambiance d’entre-deux guerres, le réalisateur mise avant tout sur les personnages, les jeux de lumières et d’ombre avec la plus célèbre où l’on voit l’ombre du tueur pendant qu’il aborde une petite fille, le cadrage, les symboliques et bien sûr l’utilisation du fameux leitmotiv avec le sifflement de l’air du roi de la montagne. Si, bien évidemment, le thème principal est la traque d’un tueur en série, le film nous conte aussi, de manière détournée, la montée du nazisme durant ces années. Génial, prémonitoire, à travers son film, Fritz Lang a su (sans doute inconsciemment) prédire les conséquences de l’ascension d’Adolf Hitler, minable istrion et peintre raté devenir le maître de l’Allemagne dans une logique infernale. Les viols (suggérés) suivi de la mort physique des enfants dans le film peuvent être vus (enfin, je l’ai interprété ainsi) comme la perversion d’une civilisation brillante et toujours prometteuse et la mort, d’une certaine façon, de cette même civilisation. La police, censée incarnée l’ordre mais aussi la protection de tous les citoyens, riches ou pauvres, est finalement impuissante à stopper ce meurtrier et ce sont les forces souterraines qui parviennent à lui mettre la main dessus. Si M le maudit incarne le mal, on peut y voir aussi que les forces souterraines incarnent elles la vindicte dans laquelle peut s’abandonner la masse populaire et qui sera, malheureusement quelques années, encouragées par d’habiles manipulations, notamment lors de la terrible et honteuse nuit de cristal.

Peter Lorre est tout simplement remarquable, incarnant le mal sous un masque effroyablement banal mais d’une grande perversité et incapable de dominer ses pulsions. Le rôle lui ayant permis de lui ouvrir une carrière à Holywood, cela ne lui porta pas chance, se cantonnant à des seconds rôles, notamment Arsenic et vieilles dentelles. Il mourut à seulement 59ans, notamment à cause du fait qu’il était dépendant de la morphine qu’il prenait pour soulager des troubles chroniques.

En conclusion, M le maudit est un film absolument magistral dont les éloges sont pleinement méritées.

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3 réflexions sur “Chronique film – M le maudit

  1. En effet, un immense film et un grand classique du cinéma qui a inspiré plusieurs générations de cinéastes, dont David Fincher pour Seven, un autre fleuron du genre.

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