Chronique film – Martyrs

Réalisation : Pascal Laugier
Genre : Horreur, drame, thriller
Durée : 100 minutes (initialement int -18ans puis ramené à un int -16)

Résumé

L’histoire se déroule en France, au début des années 1970. Enlevée quelques mois plus tôt, la jeune Lucie est retrouvée errante sur une route de campagne, incapable de raconter ce qu’elle a enduré. Quinze années passent avant que la fillette, devenue femme, retrouve l’un de ses bourreaux, qu’elle exécute froidement au fusil de chasse. Rejointe rapidement sur les lieux du drame par sa seule amie Anna, Lucie tente d’échapper à une créature cauchemardesque la traquant sans cesse depuis son évasion, tout en cherchant à découvrir l’effroyable vérité. Le film prend une autre tournure dans sa deuxième moitié.

Mon avis

Il est très dur de trouver dans le cinéma français des films chocs et extrêmes qui se démarquent, pardonnez l’expression, des booneries et autres productions politiquement correctes destinées au français moyen. Cependant, en cherchant bien, on peut quand même dénicher des vrais films d’horreur ou méchamment barrés qui ne font ni dans la dentelle ni la pâle copie des superproductions hollywoodiennes. On peut citer le réalisateur Jean Louis Costes avec le fils de Caligula ou, comme dans cette chronique, le film Martyrs de Pascal Laugier.

Je considère que ce film est choc, choquant, extrêmement violent et donc déconseillés aux âmes sensibles à qui je conseille aimablement d’aller plutôt faire une petite promenade.

Pour la petite anecdote, Martyrs fit évidemment polémique puisqu’il écopa tout d’abord d’un interdit aux moins de 18ans. Le metteur en scène, soutenu par le club Vendredi 13, protesta contre cette décision. Le réalisateur défendit son film face à la ministre de la culture de l’époque (Christine Albanel) qui accepta de réviser le jugement de la commission et rétrograda l’interdiction aux moins de 18ans en interdiction aux moins de 16 avec avertissement.

Que dire de ce film? Tout d’abord, j’ai été très déconcertée à la fin du visionnage. En effet, le film est découpée en deux parties. La première m’a immédiatement fait penser à un Rape and Revenge. Après avoir été torturée quand elle était enfant, une jeune fille, Lucie, retrouve ses bourreaux et les exécute froidement ainsi que leurs deux enfants dès le premier quart d’heure du film. Elle est rejointe par sa seule amie Anna. Néanmoins, on cherche à comprendre quelle est cette étrange créature qui semble surgir de nulle part et son rapport avec le passé mystérieux de Lucie. Peu à peu, le ton change jusqu’à ce qu’Anna découvre une trappe dans la maison qui la mène à un bunker aménagé où est retenu une autre jeune fille, dans un état atroce mais encore en vie. D’un règlement de compte, on passe à la deuxième partie où un groupe de personnes  vêtus de noir débarque dans la maison, enterre les corps de la famille ainsi que de Lucie et de la prisonnière inconnue. Anna va alors vivre l’enfer vécu par Lucie et ses prédécesseuses pour le compte d’une organisation aux buts ténébreux qu’ils résument par le mot « Martyrs ». C’est alors qu’on souffre en même temps qu’Anna, enchaînée, battue, humiliée puis finalement écorchée vive, réduite à un amas sanglant après avoir accepté l’inéluctable. La réponse au vrai pourquoi de tout cela est dévoilée dans les dernières minutes du film que je ne vais pas dévoiler mais qui laisse songeur (et dans mon cas, m’a laissée perplexe).

A sa façon, Laugier reprend tous les codes du genre horrifique et clairement inspiré des productions des années 70/80 (l’intrigue en plus, se déroule durant cette période) pour nous proposer une vision secouante et sans espoir du célèbre adage « l’homme est un loup pour l’homme ». Il insuffle dans son film et ses personnages nos propres interrogations sur les limites de notre endurance de la souffrance, la résilience ou le refus d’une fin inéluctable, le statut de victime et bourreau, au questionnement de la vie après la mort, la peur de la mort elle-même. Martyrs n’est clairement un film d’horreur ou de torture porn classique, loin s’en faut. Le déchaînement de violence souligne encore plus qu’on n’est pas là pour rigoler. Aucun moment de répit, aucune légèreté, aucun humour. On est dans un film de désespoir absolu et la fin ne fait qu’accentuer ce sentiment de cause perdue et annihle le moindre espoir. En dépit de quelques défauts (mouvement de la caméra notamment) et d’un petit budget, le film est très certainement un des meilleurs films français de ces dernières années. L’implication des actrices rend le film encore plus prenant.

A travers ce film, on peut également lire une critique féroce de l’extrémisme, religieux en particulier et de ses nombreuses dérives. On peut également y voir une allusion aux évènements qui secouent le monde depuis quelques années avec les terroristes islamistes qui prétendent mourir en martyrs en entraînant dans leur destruction un maximum de personnes. Là, c’est presque pire dans le sens où, pour répondre à la fameuse question qui trouve réponse à la toute fin, des personnes sont prêtes à sacrifier les autres pour assouvir leur propre égo mais sans le vivre eux-mêmes.

En conclusion, en dépit de ses défauts et même s’il reste loin derrière ses concurrents, notamment nippons ou teutons, avec Martyrs le cinéma français tient enfin une grosse pointure dans le cinéma de genre qui mérite d’être découvert.

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6 réflexions sur “Chronique film – Martyrs

  1. à gossip: incontestablement, le film français le plus hard et l’un des plus polémiques. Perso, je trouve l’abattage autour du film un peu too much mais n’oublions pas que nous sommes en France, le pays des bisounours en matière d’extrémités cinématographiques. Tu cites Le fils de Caligula de Costes, mais c’est pas très comparable avec Laugier quand même! D’ailleurs, ce dernier s’est nettement aseptisé avec Le secret, un thriller « hollywoodien ».

    • Tout merci d’être venue sur mon blog et de laisser un commentaire.
      Pour ce qui est de la comparaison, je tenais surtout à souligner qu’il était difficile de trouver des choses qui sortent de l’ordinaire (ce que j’appelle les booneries et les trucs type « ce qu’on a fait au bon dieu » dans le cinéma français. Après, de ce que j’ai vu du fils de Caligula, effectivement, ça n’a rien à voir.
      En tout cas, merci encore de tes remarques et de tes commentaires ^^

  2. Mais je t’en prie. Échange de bons procédés avec Cinéma Choc! Je ne connaissais pas le terme « boonerie », pas mal trouvé. Pour Costes, le top de sa filmo restera à jamais I love snuff. Indispensable, si tu adhères à la folie du type.

    • Pour « boonerie », je sais plus où je l’ai lu, mais je trouve que ça définit assez bien les films français qui bénéficient de promotions et autres publicités. Je n’ai pas vu I love snuff en entier mais de ce que j’ai vu, ça décape et ça décoiffe!

  3. Un gros calibre désormais du cinéma horrifique français, c’est suffisamment rare pour mériter d’être souligné. Pascal Laugier, en mode introspectif, signe un film douloureux et personnel

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