Chronique série – 13 reasons why

Année : 2017
Genre : Drame
Nombre de saisons/épisodes : une saison pour 13 épisodes (saison 2 très certainement à venir)

Résumé
Inspirée des best-sellers de Jay Asher, 13 Reasons Why suit Clay Jensen, un adolescent qui découvre sous son porche au retour du lycée une mystérieuse boîte portant son nom. À l’intérieur, des cassettes enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est tragiquement suicidée deux semaines auparavant. Les enregistrements révèlent que la jeune fille, dont il était amoureux, a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons. Clay est-il l’une de ces raisons ?

Mon avis

Quelques temps auparavant, j’avais rédigé deux chroniques : Megan is missing et School Days. Quel rapport avec la série qui a et qui fait encore énormément parler d’elle, à savoir 13 reasons why? Avant même d’entrer dans les détails, cette série réunit la quintessence des deux autres oeuvres pré-citées. Et venant de finir de visionner les 13 épisodes, je tiens à vous livrer à chaud mon avis sur cette série.

Tout d’abord, cette série m’a tout simplement bouleversée, de part les thématiques abordées, à savoir le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte, le harcèlement, la violence scolaire, le viol et de façon plus générale, la culture du viol qui règne dans certains campus et, bien évidemment, le suicide.

Avant même de vous livrer mon analyse personnelle, je tiens à revenir sur une des polémiques que la série a soulevées, à savoir qu’elle inciterait au suicide à cause de la fin. Cette polémique est tout simplement ridicule, comme le sont souvent les polémiques qu’on a eu avec Scream qui inciterait les gens à tuer. En venir à mettre fin à ses jours est le résultat d’un processus d’une maladie mentale mal ou pas prise en charge comme la dépression. Ces dernières années, les suicides d’adolescent(e)s qui ont défrayé la chronique sont la conséquence de mois, voire d’années de harcèlement, de moqueries, d’insultes à l’école, à une période délicate de la vie et couplée à une dépression sous-jacente. 13 reasons why aborde frontalement ce sujet et frappe là où ça fait mal et que, souvent, on refuse de voir. De plus, avoir pris le parti de montrer à la caméra le suicide d’Hannah dans le dernier épisode a également suscité la polémique qui montrerait une sorte de « suicide : mode d’emploi ». Là aussi, c’est n’importe quoi. Je pense que, en dépit de la violence psychologique de cette scène, ce passage était nécessaire à l’intrigue. Mais j’y reviendrai. Mais sincèrement, pour avoir vécu moi-même plusieurs épisodes dépressifs avec des TS, ce n’est une série qui me donnerait envie d’en finir. Et si cette série permet à des adolescents (mais aussi toute personne d’ailleurs) de pouvoir exprimer son mal-être, a libéré la parole parce que, justement, les personnages et/ou les situations leur parlaient, je trouve que pour moi, la série a réussi à atteindre son but et ce ne peut être que positif.

L’un des très grands points forts de la série est le jeu de chaque acteur, tout en finesse et en réalisme. On s’attache évidemment à Hannah qui, finalement, ne voulait vivre qu’une vie normale d’adolescente : avoir des amis, un petit copain, écrire des poèmes dans son journal intime, s’amuser… mais qui descend peu à peu en enfer. Abandonnée par ses amies, humiliée par les garçons en qui elle veut accorder sa confiance, le viol dont elle sera victime avant d’être quasiment rejetée par le conseiller scolaire qui lui conseille de tourner la page si elle a peur de dire qui l’a agressée ou si elle ne sent pas la force de porter plainte. Ce passage m’a tout simplement révoltée. Pas parce que la série a osé montrer ce qui se passe souvent pour les victimes de viol mais parce que c’est malheureusement la réalité que rencontrent nombre victimes d’agressions sexuelles lorsqu’elles osent en parler, à savoir souvent le déni total de la part de leur interlocuteur. Non seulement, elles sont atteintes dans leur chair mais aussi dans leur parole. Il est déjà difficile d’en parler mais de voir que personne, et surtout un adulte, ne vous soutient, est tout simplement honteux. Cette attitude non seulement protège les agresseurs mais entretient cette culture du viol qui règne sur ces campus.

L’acteur incarnant Clay a également bien interprété cet adolescent qu’on sent mal dans sa peau et qui cherche à (se) comprendre, à travers l’écoute des cassettes laissées par Hannah et dont l’évolution suit le parcours d’Hannah en miroir. Même s’il peut exaspérer par ses nombreuses tergiversations lorsqu’il découvre certains faits racontés par Hannah, j’ai trouvé qu’il a, au cours des 13 épisodes, su à sa façon, se libérer et à appris à s’affirmer.

Petite mention pour l’actrice qui interprète Jessica qui a su jouer avec brio toute l’ambivalence d’un personnage.

Côté intrigue, beaucoup ont reproché, avec raison, aux scénaristes de ne pas avoir mise en avant la dépression dont souffrait très certainement l’héroïne ainsi que ses véritables motivations. Très personnellement, en dépit de cela, je pense que ce parti pris est justement intéressant. Il ne faut pas oublier qu’on a une version audio de la vie d’Hannah et qu’on peut considérer les flash back, non pas comme la vérité vraie et objective des faits qui ont conduit Hannah à mettre fin à ses jours, mais bien les souvenirs de Clay de ces moments en question et de son interprétation imagée après écoute. De plus, on laisse au spectateur le soin d’interpréter ses motivations. Vengeance ou faire éclater la vérité? Finalement, Hannah n’aurait pas orchestré tout cela dans le but de seulement se venger de ses bourreaux au lieu de les dénoncer?

Concernant le suicide, là aussi, c’est assez personnel mais cette me paraissait (je vais peut être vous choquer et mon explication ne va pas vous paraître claire) mais indispensable à la série. En effet, la série commence une ou deux semaines après son décès. Quand Clay a en sa possession les fameuses cassettes, Hannah commence à raconter son vécu des mois avant son suicide. Et, la mise sur pellicule ce suicide acte finalement ce qu’on savait, qu’Hannah avait mis fin à ses jours. Sa mort n’était plus quelque chose d’abstrait mais quelque chose de devenu concret.

Néanmoins, la série n’est pas exempt de défaut. Le gros défaut à mon avis reste la fin qui laisse présager une seconde saison avec, probablement une tuerie de masse par un des personnages à la fois clé et pourtant en retrait dans la série, à savoir Tyler.  Je trouve que cela était tout à fais dispensable, d’autant qu’on peut craindre un redit avec treize cassettes qui expliquerait, si évidemment les rumeurs sur cette 2nde saison se confirme, la possible tuerie de masse par Tyler. Là où, justement, la série avait su se montrer originale et fougueuse dans le message délivré en toute fin en frappant très fort, je crains que la 2nde saison sombre dans la surenchère. Même si, come j’ai pu le lire ça et là, cela ferait plaisir de voir Bryce derrière les barreaux.
D’autres personnages en retrait mais qu’il aurait été intéressant de voir beaucoup plus développés tout comme leur relation avec Hannah. Je pense en particulier à Tony qui, lui aussi, se montre finalement, très ambivalent face aux évènements.

En conclusion, 13 reasons why a été pour moi une excellente découverte et que je recommande vraiment. Elle amène tout un tas de réflexions dont les réponses ne sont pas dans la série mais qui oblige le spectacteur à réflechir au delà.

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2 réflexions sur “Chronique série – 13 reasons why

  1. Amen.
    Très bonne critique, qui relève bien les points forts et ceux qui peuvent poser plus souci.>
    Concernant la dépression, j’ai aussi regretté qu’on ne la voie pas plus, mais effectivement, c’est dû au format très particulier de cette série qui montre Hannah dans ce qu’elle montrait aux autres, soit rien puisqu’ils n’ont pas vu (ou non pas voulu voir) son mal être. Et, d’ailleurs, la série insiste plusieurs fois dans cette différence de perception des faits suivant le personnage dont on est dans la tête, et c’est super intéressant, aussi.
    C’est vraiment une très bonne série. 🙂

  2. Je suis d’accord sur pratiquement tout – mise à part que je ne suis pas inquiète pour la saison 2, je pense qu’il y a vraiment de quoi faire et les propos des producteurs sont rassurants – il n’y aura pas de retour de K7 mais d’une autre technologie notamment.
    Oui, ces polémiques sont complètement débiles. Le suicide n’est en plus pas glorifié. C’est un acte particulièrement horrible et douloureux, destructeur pour tout le monde.
    Au-delà d’avoir bien traité ses thèmes (on sent bien à quel point le harcèlement est une sorte de cercle infernal impossible à s’en sortir), des pistes sont hyper intéressantes. Clay s’affirme effectivement au fil des épisodes et c’est celui qui fait comprendre qu’on doit assumer ses responsabilités. Ce qui est intéressant aussi avec ce personnage, c’est qu’en prenant le rythme d’écoute de K7, il est lui-même pris comme cible par les bourreaux des K7, comme s’ils n’avaient pas retenu la leçon. Ca montre bien que même si à la fin la prise de conscience commence à se faire, le chemin est très long et qu’on peut vite retomber dans ses travers pour se protéger. Hannah est évidemment attachante mais pourtant même elle on ne l’épargne pas. Effectivement, son but serait presque d’être un fantôme pour hanter les gens jusqu’à la fin de leurs jours et de vivre avec ça. Les parents sont également très absents. Là mais ils ne voient rien. En plus, les transitions entre passé/présent et les points de vue sont parfois volontairement floues, ça crée encore plus le malaise.

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