Chronique Livre – Les derniers jours des reines

 

Titre : Les derniers jours des reines
Auteurs : collectif
Genre : historique

Résumé

Comment sont mortes les souveraines les plus célèbres de l’Histoire ? Du suicide de Cléopâtre au dramatique accident d’Astrid de Belgique en passant par la décapitation de Marie Stuart et de Marie-Antoinette, l’assassinat d’Agrippine, de Sissi et d’Alexandra de Russie, ou l’agonie édifiante de Catherine de Médicis, Anne d’Autriche, Catherine II, la reine Victoria ou l’impératrice Eugénie, les meilleurs historiens et écrivains d’histoire racontent leurs derniers jours dans des textes incisifs où la limpidité du récit s’appuie sur des enquêtes puisées aux meilleures sources.

Toujours tragiques, souvent brutales, parfois spectaculaires, inattendues ou interminables, leurs fins se ressemblent par une même dignité, une civilité monarchique de l’adieu exaltée par la conscience que ces reines avaient de leur rang, et leur volonté commune d’édifier la postérité après avoir marqué leur temps. Comme si toutes se retrouvaient dans la fière devise de Marie Stuart :  » En ma fin est mon commencement. « 

 » Une fresque du pouvoir suprême au féminin, de l’Antiquité au XXe siècle  » : c’est ainsi que Jean-Christophe Buisson et Jean Sévillia définissent cet ouvrage collectif de prestige qu’ils ont dirigé et qui fera date, autant par ses qualités littéraires que par le regard innovant qu’il porte sur les ultimes instants de ces femmes dont les règnes ont changé le monde à tout jamais.

Mon avis

Puisque je suis dans un moment intense de recommandations de livres, je vous propose un autre ouvrage historique absolument indispensable qui est un très beau cadeau à offrir ou à s’offrir : Les derniers jours des Reines qui est un ouvrage collectif dans lequel dix-neuf historiens (dont Didier Le Fur, Jean-François Solnon, Simone Bertière, Jean-Paul Bled, Jean Tulard, Jean des Cars, Arnaud Teyssier et les codirecteurs du livre) ont brossé le portrait de vingt souveraines à travers la fin de leur vie.

De Cléopâtre à l’impératrice Eugénie en passant par Marie-Antoinette, dernière reine de France et Alexandra Fedorovna, tsarine de Russie, le livre explore la royauté au féminin à travers la fin, parfois tragique, de ces femmes, reines et futures mères de rois et leur rend la place qui est la leur. Dans notre culture et notre tradition républicaines, on reste encore fascinée par la royauté et son incarnation, le meilleur exemple restant bien évidemment Elisabeth II, reine d’Angleterre avec la  presse people qui guette chaque geste, chaque apparition de la souveraine ou de ses proches mais Marie-Antoinette n’est pas en reste, avec tous les livres, expositions, films sur sa vie en forme de tragédie grecque. Petite anecdote, la plupart des visiteurs du château de Versailles ne viennent pas pour admirer le chef d’oeuvre architecturale et les incroyables jardins du château de Louis XIV mais bien pour voir les endroits où vécu Marie-Antoinette, de ses appartements au petit Trianon en passant par le Hameau ou la laiterie, elle est la seule reine de France universellement connue. Moi-même, je l’avoue, j’adore la dernière Reine de France, je suis une vraie Marie-Antoinette-mania.

Chaque histoire, bien que basée sur des recherches rigoureuses, est écrite comme une nouvelle romancée, permettant de s’immerger complètement dans l’intimité de ces femmes de pouvoir. Je n’ai pas lu toutes les biographies mais, globalement, elles sont toutes passionnantes. On comprend que n’est pas reine qui veut, que ce n’est pas juste porter une couronne et monter sur un trône d’or mais c’est véritablement devenir l’incarnation vivante du pouvoir et du pays. A ce titre, j’ai envie de citer Jean Sévillia dans le Figaro qui dit : « La reine d’Angleterre est un des personnages les plus photographiés de la terre, et pourtant on ne peut pas lui appliquer l’étiquette de people. Vous verrez que, lorsqu’elle disparaîtra, ce sera un événement planétaire, et que les plus républicains des Français seront touchés eux aussi. » On ne peut qu’être d’accord puisqu’à l’instar de son illustre ancêtre, la reine Victoria, elle incarne à elle seule non seulement tout le Royaume-Uni et les états du Commonwealth, bien plus qu’un David Cameron, le Premier Ministre britannique, mais aussi tout une époque. Si la reine Victoria est le symbole du XIXeme siècle, la reine Elisabeth sera celui du XXeme siècle.

En conclusion, Les derniers jours des Reines est un très bon livre qui rend hommage à ces femmes qui ont changé la face du monde.

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Chronique livre – Louis II de Bavière & Elisabeth d’Autriche : Âmes soeur Auteur


Titre : Louis II de Bavière & Elisabeth d’Autriche : Âmes soeur
Auteur : Philippe Collas
Genre : Histoire, réflexion

Résumé :

On croit bien connaître la vie du roi Louis II de Bavière et celle de sa cousine Elisabeth, l’impératrice d’Autriche, la légendaire Sissi. Pourtant, aucune histoire n’a jamais été écrite sur leurs destinées parallèles et les croisements de leurs existences respectives. Or comment mieux comprendre la vie de ces deux  » âmes sœurs « , sinon en déchiffrant l’une à travers l’autre ? Névrosés, géniaux, plus grands que la vie, les deux cousins se sont profondément aimés et compris.

Au-delà des clichés, les personnalités de ces souverains hors du commun pourront alors apparaître sous un jour nouveau : révolutionnaires et avant-gardistes, Louis et Elisabeth furent des visionnaires qui posèrent en plein cœur du XIXe siècle les questions cruciales qui allaient déterminer le sanglant XXe siècle. Ils furent aussi l’un et l’autre les victimes de leur lucidité, comme le dévoile la mécanique du complot qui allait aboutir à l’assassinat du roi de Bavière. Philippe Collas propose ainsi une relecture originale du destin et de la personnalité de deux grandes figures historiques du XIXe siècle.

Mon avis

Passionnée par la vie des personnages de Elisabeth d’Autriche, dite Sissi, et par Louis II de Bavière, réputé pour sa folie et ses châteaux baroquo-roccoco fantastiques, c’est avec plaisir que j’ai découvert il y a déjà quelques années, l’ouvrage de Philippe Collas qui fait le parallèle de la vie de ces deux personnalités hors du commun. Souvent réduite soit à une viennoiserie sucée  dans la trilogie des Sissi d’Ernst Marischka, soit en cousin et cousin proches de l’inceste et de la décadence dans l’immense mais méconnu chef d’oeuvre « Le Crépuscule des Dieux » par Visconti, film que je recommande chaudement, on (re)découvre à travers cet ouvrage la vraie Elisabeth, anorexique, dépressive, égocentrique, autodestructrice et le véritable Louis II, jeune roi tourmenté par son homosexualité, tous deux en recherche permanente d’un bonheur impossible dans une société bourgeoise au bord de la destruction.

Ces deux personnages sont d’abord et avant tout le symbole même d’un monde disparu, d’une Europe qui marche à pas feutrés vers la guerre et la destruction, le monde des grands Empires. Mais pas que. Souvent qualifiés de « fous », l’ouvrage nous montre à quel point Sissi et Louis sont incompris, voire vilipendés par leurs contemporains (alors que des études récentes font apparaître que la « folie » présumée de Sissi était tout simplement une dépression profonde, dépression des plus légitimes puisqu’elle a perdu quand même deux enfants, dont Rodolphe qui s’est suicidé et a vu un grand nombre de ses proches morts dans des circonstances dramatiques, comme sa soeur Sophie, brûlée vive dans le bazar de la Charité à Paris, son beau-frère Maximilien, éphémère empreur du Mexique, fusillé etc, doublée d’une anorexie qui, comme les anorexiques d’aujourd’hui, est un moyen de dompter un corps qui lui échappe, et celle de son royal cousin qui souffrait plus de troubles autistiques que d’une folie dans le sens premier du terme. Rappelons-le, l’autisme n’est PAS une maladie mentale mais un trouble du développement tout comme l’homosexualité qui était, alors, malheureusement, considéré comme maladie mentale et souvent passible de prison. Voir Oscar Wilde).

Sissi et Louis II de Bavière ont, chacun à leur manière, pressenti les changements à venir alors qu’ils ont été propulsés très jeunes au sommet du pouvoir (Sissi a épousé François-Joseph à 15ans et Louis est devenu roi de Bavière à 18ans, donc, ce sont deux enfants qui se retrouvent à la tête d’un royaume ou d’un empire.). A travers l’ouvrage, on découvre un peu plus les dessous de l’Histoire, notamment les complots de l’entourage de Louis qui souhaitait s’allier à la Prusse et à son maître Bismark, semant, sans le savoir, les germes qui allaient donner naissance à la montée du nazisme, un demi-siècle plus tard. Evidemment, on ne parler de Louis II de Bavière sans parler de son autre grand amour, celui qu’il éprouva pour le compositeur Richard Wagner, tout comme on ne peut pas décrire ses constructions absolument incroyable, comme le féérique château de Neuschwanstein, Le Château de Herrenchiemsee, réplique grandiose du château de Versailles ou le Château de Linderhof. Concernant Sissi, il est impossible de ne pas parler de son oeuvre qui fut la création de la double monarchie et de son amour pour la Hongrie, alors méprisée du côté autrichien, mais aussi de ses combats personnels pour le très grand poète juif, Heinrich Heine et la reconnaissance des nationalités et de toutes les minorités et des aspirations de ces dernières. Souvent qualifiée « d’impératrice anarchiste », Sissi était surtout en avance sur son temps, une femme moderne par ses aspirations, ses extravagances (par exemple, elle était une adepte d’une vie saine et hygènique par sa pratique du sport) et ses combats.

En conclusion, cet ouvrage est bien écrit et permet vraiment de comprendre pourquoi Louis II de Bavière et Sissi sont absolument indissociables et ne sont pas des images surannées mais bien des personnages de notre temps et auxquels on peut vraiment s’identifier.