Réaction/Roman – Outrage de Maryssa Rachel

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Cet article est un peu particulier car il ne s’agit absolument pas d’une chronique mais d’une réflexion suite au bad-buzz qui a suivi la sortie d’un roman : Outrage par Maryssa Rachel.

Quatrième de couverture du roman

Le roman de l’emprise. Le roman de l’injustice des sentiments. Le roman de l’amour qui s’enfuit.

 » L’amour, le seul, l’unique, celui dont on n’oubliera jamais le nom, porte les stigmates de nos plus terribles douleurs. « 
Rose est une femme libre, indépendante, torturée, traumatisée, elle s’est construit une carapace de survie.

Elle fuit l’amour par peur de l’attachement. Elle est perverse, passionnée, cyclique, addict au sexe et à l’alcool mondain. Mais ce soir-là, dans un bar, elle tombe amoureuse d’un être qui lui ressemble, peut être un peu trop. Tout en lui la repousse et pourtant… Lui, c’est Alex, un artiste paumé, un je-m’en-foutiste tout aussi névrosé qu’elle.

Rose va vivre cette passion destructrice où Alex la guide, la commande, la déconstruit, la fabrique, la façonne… Rose n’écoute pas la bête qui rugit en elle et qui lui dit  » fuis « . Son corps, son sexe deviennent chaque jour plus douloureux, mais elle tient, par amour pour cet homme qui la dévore chaque jour un peu plus…

Puis vient la douleur du déchirement. Alors, elle va essayer de noyer ses maux dans la seule addiction qui lui permet d’échapper à la douleur : le sexe.

Une information importante à connaître est le mot de l’éditeur que je vous copie-colle :

Dans une vie d’éditeur, il est des textes qui vous marquent et vous « signent » pour toujours. Il en fut ainsi d’Histoire d’O de Pauline Réage pour Jean-Jacques Pauvert, de La Mort Propagande d’Hervé Guibert pour Régine Deforges ou de Baise-moi de Virginie Despentes pour Florent Massot…

Pour ma part, il y eut La femme de papier de Françoise Rey, Le Lien de Vanessa Duriès, Dolorosa soror de Florence Dugas et L’Orage de Régine Deforges. Tous ces textes ont été importants car ils ont marqué l’histoire d’une littérature. Ils ont balayé toutes les incertitudes et dessiné d’autres contours. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice, et a contribué à renouveler un genre.

Outrage de Maryssa Rachel est l’un d’entre eux. Il s’inscrit dans la veine de ces textes qui vous remuent jusqu’aux tréfonds de vous-même et y déposent une empreinte qui, tel un tatouage, ne pourra jamais s’effacer. Et longtemps après, le livre refermé, perdurera l’écho de tout ce qu’il a provoqué en vous.

Outrage c’est le livre de la démesure amoureuse et de l’urgence sexuelle pour réparer les dégats de l’emprise. C’est le livre de la perte de contrôle et de l’abandon, du renoncement et de l’instinct de survie. Maryssa Rachel parle à nos sens, à notre animalité, dussions-nous en mourir.

Véritable « coup de boule littéraire », Outrage est destiné à devenir un classique.

Franck Spengler

L’une des polémiques porte sur le fait que le roman n’aborde un bandeau d’avertissement. En effet, le roman, non content de décrire des scènes sexuelles (de façon assez direct, pour le peu que j’en ai lu), aborde des thèmes violents comme l’inceste, la pédophilie, l’urophilie et la zoophilie ! Rien que ça !

Et les critiques pleuvent sur le Net avec des titres de commentaires pour le moins éloquents : « Ignoble! », « DANGEREUX », « Tromperie et immoralité » etc. Bref, Outrage semble vouloir pulvériser la réputation du roman le plus scandaleux possible. Beau coup marketing en effet !

Tout d’abord, au delà du contenu, ceci est très personnel, je suis étonnée qu’on s’étonne ! Certes, le résumé aurait pu faire penser que ce roman était un énième roman de Dark Romance comme il en fleurit un peu de partout, suite au phénomène 50 Shades et vont souvent plus loin. Héroïne souvent kidnappée et séquestrée par un richissime homme d’affaire. Malgré viols et humiliations, l’héroïne tombe amoureux de son geôlier. On use et on abuse du syndrome de Stockholm, dans une grande majorité de cas, sans connaissance réelle de conséquences psychologiques. De plus, sur l’un des plus célèbres sites de publication en ligne, Wattpad pour ne pas le nommer, circulent aussi un certain nombre d’écrits qui traitent de violence sexuelle (viol, inceste et j’en passe) avec une désinvolture proprement révoltante et parfois, qui ne sont même pas mis dans les catégories appropriées. La culture du viol a encore de beaux jours devant elle ! Dans une certaines mesures, il n’est guère surprenant de voir émerger des textes de plus en plus subversifs dans le circuit littéraire classique.

Or, des quelques chapitres déjà parcourus (oui, j’ai acheté le livre pour me faire une opinion), Outrage n’entre absolument pas dans la catégorie « Romance » et son dérivé « Dark Romance ». Et je crois sincèrement l’écrivaine quand celle-ci dit (je cite) :

Je n’écris pas pour faire rêver, ni pour offrir des histoires mielleuses à souhait, je crois que je ne sais pas faire ce genre d’histoires. J’ai du mal à brosser le lecteur dans le sens du poil, je préfère le provoquer, le chambouler, le perturber, le faire réagir… Je ne veux pas être étiquetée auteure érotique, mes écrits ne sont pas masturbatoires…

L’erreur, sans doute voulue inconsciemment pour attirer le chaland, a été tant que par le résumé et tant aussi, peut-être, par la couverture de laisser entendre qu’il s’agissait d’une romance. De plus, lors de l’achat, au vu du contenu, j’ai été quand même été surprise de le voir trôner dans les nouveautés dans le rayon « Romance », renforçant ou pouvant renforcer la confusion avec en outre, l’absence de bandeau ou de message d’avertissement (et aussi d’emballage sous cellophane comme on l’a fait pour un certain nombre de mangas Yaoi et/ou érotico-porno). Alors, des lecteurs et lectrices non avertis pourraient très bien prendre Outrage comme un énième After parmi la pléthore de romans classifiés « New Romance » et avoir la désagréable surprise du contenu à la lecture du roman. Surtout, et sans vouloir spoiler, que les premiers chapitres ne vont pas avec le dos de la cuillière puisque Rose évoque de façon très brutale et très crue les violences sexuelles dont elle a été victime étant enfant par son propre père.

Honnêtement, je ne sais pas si je parviendrais à poursuivre ma lecture, en particulier de par le style d’écriture qui, s’il possède un côté enlevé, donnant l’impression d’un journal de bord où Rose jette littéralement tout ce qui lui passe par la tête avec d’indéniables qualité (rendons à César… car, un livre c’est un tout), ne m’a pas enthousiasmée des masses. Après, évidemment, ce n’est qu’un ressenti au niveau stylistique qui n’engage évidemment que moi.
Sur ce qui est du contenu et des passages qui ont fait polémiques, j’ai lu certaines critiques qui, si je peux parfaitement comprendre le sentiment de révolte, voudraient interdire les romans traitant de ces sujets me hérissent. Le fameux passage est certes, brute de décoffrage mais ne fait pas l’apologie (loin, très loin de là) de l’inceste et/ou de la pédophilie ! Il est vrai que, de vouloir écrire les pensées d’une gamine de 7ans violée par son père est, disons-le, un peu (totalement ?) casse-gueule mais je n’ai pas vu la moindre complaisance dans ce passage. Le fait de traiter de sujets comme le viol, l’inceste,  les pratiques sexuelles extrêmes, l’autodestruction ou même la drogue (qui peut en faire partie de ce roman puisqu’on peut considérer l’héroïne et certains des personnages qui gravitent autours d’elle, finalement drogués au sexe) sans tomber dans le voyeurisme le plus cynique est quelque chose qui n’est pas à la portée de tout le monde, reconnaissons-le. Rappelons-nous ce vieil adage : « La critique est aisée mais l’art est difficile. ». Jamais tel aphorisme ne s’est autant vérifié que depuis la sortie d’Outrage.
Autre remarque qui m’a fait, disons poliment, bondir au plafond a été de lire qu’on faisait une comparaison avec Sade, comparaison des plus falacieuses. Tout d’abord, les écrits du divin Marquis l’ont été dans un contexte politique particulier, la fin de l’Ancien Régime et les débuts de la Révolution française et avec des revendications politiques sous-jacente. Les écrits de Sade, encore moins qu’Outrage, ne sont PAS de la romance, une erreur monumentale et historique extraordinaire. Ils n’ont rien à voir. A travers la sexualité, somme toute débridée, Sade a voulu dénoncer l’hypocrisie de toute une société décadente, notamment avec ses deux héroïnes Justine et Juliette. D’ailleurs, il n’a jamais fait le dixième de ce qu’il raconte dans ses livres. Il a été embastillé pour sodomie (un crime à l’époque) et pour des questions de dettes sur lettre de cachet demandée par sa belle-mère, justice des plus sommaires, si on peut appeler le système de cachet de la justice. Il n’a jamais, au grand jamais, assassiné ou torturé qui que ce soit. Je ne vais pas vous livrer une analyse approfondie (il me faudrait au moins une année pour ça) de ses oeuvres mais Sade a été simplement une sorte d’objecteur de conscience de l’époque. Un conseil, relisez le célèbre passage « Français, encore un effort si vous voulez être républicains » de La philosophie dans le boudoir, certes difficile à aborder tant Sade utilise l’absurde comme argumentaire, mais qui, à sa façon, comme Olympe de Gouge, prône l’égalité homme-femme (qui commence par la sexualité) ou réclame la séparation du politique et du religieux.
Outrage ne s’inscrit absolument pas dans la diatribe de Sade comme le roman ne se veut absolument pas une énième Dark Romance. Je dirai même plutôt que c’est une anti-dark romance tant on sent un gros « fuck » à toute cette prolifération de romans.

En conclusion, l’erreur majeure de ce roman n’est finalement pas le roman en lui-même mais plutôt la stratégie marketing qui a voulu séduire une frange de lecteurs, sans nul doute, mal informés de la teneur réelle du roman. Il s’agit d’un roman difficile à aborder et il faut vraiment lire avec un esprit ouvert et critique.

 

Un article intéressant sur le sujet -> https://www.actualitte.com/article/monde-edition/outrage-roman-d-une-humanite-terrible-dont-l-existence-derange/84382

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